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Mastering hors du studio. Trois experts en design sonore décryptent des nouvelles pratiques (3/3)

Rencontre avec Alexander Kassberg, responsable studio à Lexter Sound Design, Andrea Cera, compositeur et Nicolas Misdariis, chercheur responsable de l’équipe Perception et Design sonores de l’Ircam-STMS
Date de publication
16 janvier 2019
Article

Comment vous adaptez-vous quand les caractéristiques sonores d'un lieu changent avec le temps (différents types de bruits de fond pendant la journée, variations dans la présence de public, musique dans des zones adjacentes, etc.) ?

A. K. : Nous avons développé une plateforme de diffusion sonore pour distribuer du contenu sonore vers nos clients. Cela nous permet de programmer différents types de contenu pour différents moments de la journée, aussi bien que des automations de changements de niveau. À travers des études sur le terrain, visites régulières, retours des clients et analyse des flux des clients, nous pouvons sculpter un paysage sonore qui suit le déroulement de la journée.

Le design sonore du centre commercial Mood Stockholm, un projet réalisé par Lexter Sound Design

A. C. : J’ai réalisé une installation, Reactive Ambient Music, qui tourne autour de la question que vous soulevez. L’installation écoute/analyse (à travers des microphones) l'environnement sonore dans lequel elle se trouve (habituellement une exposition, mais, parfois, une galerie ou bien la maison), et produit une sorte de muzak vaguement psychédélique et postmoderne en réaction aux événements sonores repérés et en osmose avec certaines caractéristiques spectrales du bruit de fond. Une première solution au problème du mixing interactif a consisté dans le contrôle préalable de toutes les combinaisons possibles de sortie sonore : le mixage peut varier à l'intérieur d'un ensemble presque fermé de possibilités. Dans un deuxième temps, des filtres, des macrocontrôles, pour différentes classes de composantes sonores, et des paramètres d'analyse ont permis de faire un tuning manuel de l'installation. Finalement, une série de précautions (limiteurs, compresseurs, mécanismes anti-feedback, routines automatisées) a été définie pour prévenir tout problème lié à des événements inattendus (par exemple, un visiteur de l'exposition qui se trouve à parler fort en étant très proche d'un des microphones) ou déviations imprévues (dans le cas où le système commence à s’écouter lui-même).

Reactive Ambient Music d'Andrea Cera © Le Fresnoy

N. M. : Globalement, une solution de design sonore devient réellement efficace lorsqu’elle peut s’adapter au contexte dans lequel elle est diffusée. Dans le domaine automobile, précisément, ce degré d’interactivité a notamment à voir avec la façon dont les bruits de fond varient avec le comportement de la voiture. Par exemple, le niveau des interfaces homme-machine sonores dans l’habitacle doit être asservi à la vitesse, afin de contrer l'augmentation de niveau des bruits de roulement et aérodynamiques. Dans le cas des véhicules silencieux (électriques ou hybrides), le développement des alertes sonores extérieures (VSP – Vehicule Sound for Pedestrians, utilisé pour alerter les piétons de la présence du véhicule) est basé sur un plan qui vise à varier la « vocalité » de la voiture suivant un certain nombre de conditions environnementales extérieures telles que l'heure du jour, les données météorologiques, la localisation dans la ville, la probabilité de présence de piétons, etc. de façon à minimiser l'impact sonore de la voiture. Nous avons développé les premiers éléments de cette démarche pour construire le design sonore du son extérieur de la Renault Symbioz qui varie en fonction de son mode de fonctionnement (en conduite normale, en situation de parking, en mode sportif).