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Séminaire

Séminaire MaMuPhi

sam 21 octobre,
10h00- 18h00
Ircam
salle Stravinsky

En entrée libre

Comment la musique résonne (et ses musiciens raisonnent) avec d'autres modes de pensée ? Avec les langues et la poésie (Babel), avec les mathématiques et la philosophie (Mamuphi), avec la politique et la psychanalyse comme avec tout autre (Entretemps) ?

Il s'agira, dans cette formule globale, d'entrelacer, sous une unique formule mensuelle (huit samedis, de 10h à 18h, à l'Ircam, salle Stravinsky), les différents types d'affinité qui faisaient, depuis longtemps, l'objet de séminaires cloisonnés.

Musique et politique (III) : programme

10h

Adorno malgré lui-même, ou : premiers pas vers une Dialectique Négative du jazz
avec Frederico Lyra

Dans cette intervention, il s’agira de relire la théorie « Afrological » du théoricien et compositeur George Lewis à la lumière (ou à l’ombre) de certains aspects de la Dialectique Négative de Adorno.

11h30

L’hétérophonie comme formalisation musicale d’un peuple ?
avec François Nicolas

Pas plus que la différence des deux sexes (qui n’est pas la distinction grammaticale de trois genres), l’œuvre musicale ne met en jeu l’antagonisme politique (qui ne se réduit pas à la lutte et au combat). Cette dernière limitation restreint la puissance formalisatrice de l’œuvre musicale aux unités fondées sur la coexistence de termes opposés.

Dans ces conditions,

- Peut-on étendre le type polyphonique d’unité musicale à un nouveau type d’unité qu’on nommera hétérophonique (tout comme le type polyphonique a précédemment étendu les types homophonique - cf. grégorien - et antiphonique - cf. rondeau) ?

- En particulier, quelle adjonction musicale mettre en œuvre pour étendre un pluriel de voix à un multiple de collectifs vocaux ?

- Peut-on interpréter une telle symbolisation musicale dans les termes (entièrement hétérogènes) de préoccupations politiques contemporaines : qu’est-ce que « peuple » veut politiquement dire, suivant quelle dialectique entre non-antagonisme et antagonisme, et selon quelle articulation à l’« agonisme » (H. Arendt, C. Mouffe…) ?

- Au total, où précisément le musicien doit-il autolimiter la puissance formalisatrice de la musique et ses raisonances centrifuges (là même où, à partir de 1750, l’intellectualité musicale de Rameau ne sut se suspendre) ?

15h

Une musique de la Révolution : Per Massimiliano Robespierre de Giacomo Manzoni
avec Laurent Feneyrou

Lecteur de Michelet, Mathiez ou Walter, Giacomo Manzoni a réalisé, pour Per Massimiliano Robespierre (1975), un montage dense d’extraits de discours de Robespierre, de témoignages de ses contemporains, d’œuvres littéraires qui le mettent en scène et de jugements historiques, politiques et philosophiques contradictoires, depuis la Révolution française jusqu’à la fin des années 1950, sur son exercice du pouvoir.

Le propos de Manzoni est de représenter non les événements de la vie de Robespierre – même s’il en conserve quelques épisodes saillants – mais sa pensée en acte.

Musicalement, son « action scénique » déploie une écriture essentiellement chorale, ainsi que des variations sur l’hymne que François-Joseph Gossec composa pour la fête de l’Être suprême. En outre, Robespierre est ici chanté non par un seul interprète, mais par un « Quatuor vocal », intermédiaire entre le sujet et le chœur, qui altère l’identification classique et rend collective, tel un groupe en fusion, une vision de la Révolution et de l’Histoire.

16h

Le devenir-sujet de l’objet. La voix, le timbre et la scène du commun
avec Mariem Hazmoune

Lors de la précédente édition, quelques propositions autour du rapport entre l’informel, le matériau et l’économicité ont été exposées, en vue de proposer un régime esthétique de perception tourné vers le primat, dans l’objet, des articulations entre les voix plutôt que l’analyse du matériau. Il s’agira à présent de poursuivre l’écoute de l’œuvre de Luciano Berio en prenant en compte la co-activité des voix par laquelle se constituent des scènes du commun. Cet exposé s’efforcera d’acter l’existence de l’objet, l’œuvre, en dehors de son rapport au sujet, et de conjurer dès lors l’autorité des catégories de lecture restreignant son existence à sa compréhension (mimesis, apparence, fiction, etc.).

Nous présenterons ensuite un cheminement qui aboutit à la perception de l’articulation des éléments constituant l’œuvre, et ce en deux points : la possibilité théorique et musicale d’un devenir-sujet de l’objet-voix — que cette voix soit humaine, instrumentale ou informatique. Et l’examen du timbre en tant que catégorie politique, en tant que singularité plurielle laquelle configure de façon immanente le propre et le commun des voix.

16h

Égalité
avec Sylvain Diciolla

Certaines notions portent en elles-mêmes l’interdisciplinarité : c’est le cas de l’égalité, notion commune aux mathématiques et au droit.

Nous interrogerons dans cette intervention cette notion comme pierre de touche entre musique et politique, au travers d’un moment historique : le XVIIIème siècle en Europe. C’est en effet à ce moment qu’a été mis en œuvre concrète en musique le tempérament égal et qu’ont surgi en politique les grands idéaux d’égalité dont la Révolution Française s’est voulue l’application concrète.

Nous examinerons comment cette notion d’égalité dans ces deux aspects a parcouru les deux siècles suivants pour aboutir au XXème siècle au dodécaphonisme et au communisme.

Comment et pourquoi l’égalité a-t-elle trouvé place au même moment en musique et en politique ? S’agit-il d’une nécessité historique de l’Esprit au sens hégélien ? Sur quels points ces deux mises en œuvre ont-elles divergé, ne se sont pas rencontrées ? Et quelles prospectives peut-on en déduire pour le XXIème siècle pour les systèmes compositionnels et politiques ?


Prochains rendez-vous

18 novembre 2017 : Mathématiques, philosophie et musiques actuelles

9 décembre 2017 : Design, science et création

13 janvier 2018 : Philosophie (du) Rock'n Roll

10 février 2018 : Mathématiques et dialectique à partir de la pensée romantique

10 mars 2018 : De l’opposition du moderne et du contemporain depuis 1968

6-7 avril 2018 : Journées d’étude sur Immanence des vérités d’Alain Badiou

26 mai 2018 : La rupture de 1848

Organisation : Charles Alunni, Moreno Andreatta, Violaine Anger, Andrea Cavazzini, François Nicolas.