Musique & Hacking

Si le hacking est étroitement lié au développement de l’informatique et du réseau Internet, depuis les tentatives pionnières au sein du Tech Model Railroad Club du Massachusetts Institute of Technology pour améliorer l’efficacité et la rapidité des premiers ordinateurs de calculs jusqu’à Wikileaks en passant par le mouvement open source, il est aujourd’hui assez courant d’étendre l’usage du concept de hacking pour décrire de nombreuses pratiques, y compris dans des champs largement indépendants des nouvelles technologies de l’information et de la communication.

De manière générale, le hacking peut caractériser un ensemble d’activités à la fois optimisatrices (amélioration des performances d’un objet ou d’un dispositif technique, recherche de la meilleure solution à un problème donné), transgressives (contournement des normes légales ou technologiques, détournement des usages inscrits, posture irrévérencieuse envers les objets) et hédoniques (plaisir de la trouvaille, de la manipulation ingénieuse, de la prouesse technique, de la customisation). Le hacking désigne alors bien davantage une certaine posture ou attitude, sous-tendue par un certain nombre de valeurs, qu’il ne renvoie à une activité précise. 

Dans cette perspective, on peut considérer le hacking comme une série de pratiques et d’usages configurés par les catégories conceptuelles de l’informatique – l’ordinateur comme objet technique « ouvert », modulable, adaptable aux besoins changeants de l’utilisateur ; le code comme support de l’information ; et le réseau comme structure de communication – pratiques et usages qui peuvent ensuite être remobilisés (et par là-même remodelés) en dehors du contexte informatique.

Le projet "Musique & Hacking" se propose donc de partir à la recherche des points de greffe entre culture hacker et musiques d’aujourd’hui, des manifestations les plus explicites (organisation périodique de Music Hack Days et autres Hackathon, piratage massif des productions de l’industrie musicale, etc.) aux transferts les plus implicites (émergence de nouvelles conceptions de l’instrument de musique, remise en cause de la fonction-auteur, dimension éthique de certaines musiques expérimentales, etc.), éclairant ainsi d’un jour neuf les pratiques musicales considérées.

Pour l’année 2016-2017, l’équipe s’investira sur l’analyse des activités de hacking instrumental au sein de l’atelier "Lutheries Urbaines" de Bagnolet, complétée par la réalisation d’un ensemble d’entretiens avec des acteurs importants de la scène des musiques improvisées qui en sont venus à constituer leur propre dispositif de jeu.

En 2017, le projet se clôture avec le colloque "Musique et Hacking : instruments, communautés, éthiques", organisé conjointement par le musée du quai Branly et l'Ircam, qui abordera les multiples formes de détournement ou de réappropriation qu’exercent les musiciens envers leur environnement matériel, la formation et la fédération de communautés musicales par le hacking ou encore l’influence de l’éthique "hacker" dans les pratiques musicales.
Enfin, l’organisation d’un Music Hack Day à l’issue du colloque (les 10 et 11 novembre 2017 à l'Ircam) donnera un aperçu concret de la vivacité et de la fécondité des approches qui nourrissent le monde du hacking musical.

Détails du projet

Début
1 septembre 2016
Fin
30 novembre 2017
Statut
  • logo Ircam
  • logo Musée du quai Branly - Jacques Chirac