Toutes les actualités
Entretien

Le SCAI : relever les défis scientifiques à l'ère de l'IA

Le Sorbonne Center for Artificial Intelligence (SCAI) a été créé en 2019 afin de structurer, fédérer et visibiliser les forces du réseau de Sorbonne Université dans un contexte où l’intelligence artificielle devient un sujet majeur dans nos sociétés. Xavier Fresquet, directeur adjoint du Sorbonne Center for Artificial Intelligence (SCAI), nous présente ses grands projets et perspectives pour l’avenir.

Pouvez-vous nous rappeler l’objectif du SCAI ?


Xavier Fresquet
L’ambition du SCAI est de réunir des chercheurs et chercheuses, étudiant·e·s et entreprises provenant de disciplines très diverses autour de projets communs, de développer une capacité d’accueil internationale, de soutenir la jeune recherche et de diffuser une véritable culture scientifique de l’IA au travers de formations et événements dédiés. Le centre contribue ainsi à créer un environnement favorable à l’innovation, en mettant l’interdisciplinarité et l’excellence scientifique au cœur de sa mission.


Comment parvient-on à rassembler des acteurs aussi pluridisciplinaires que des centres culturels, des instituts de recherche, des écoles et des universités ? Comment s’organisent leurs échanges et collaborations ?


Xavier FresquetXavier Fresquet

Xavier Fresquet
La pluridisciplinarité est au fondement de l’identité de SCAI, qui s’emploie à faire dialoguer les sciences exactes, les sciences humaines, la création artistique et l’ingénierie. Cette dynamique s’est renforcée avec la mise en place du cluster PostGenAI@Paris, un consortium unique fédérant des institutions académiques, des organismes nationaux de recherche, plus de 60 entreprises, ainsi que des acteurs culturels comme l’Ircam ou la Bibliothèque nationale de France. Les collaborations se structurent grâce aux 21 programmes d’accélération collaboratifs (PACs) – qui associent systématiquement plusieurs disciplines autour d’un même défi scientifique – et à un programme transversal conçu pour faire circuler les expertises et ajuster en continu les thèmes de recherche. Le cluster est régi par une gouvernance collective, qui permet d’associer au travers de projets communs des juristes, scientifiques, ingénieur·e·s, économistes, artistes et expert·e·s du patrimoine.


Le cluster s’inscrit dans une nouvelle phase de l’évolution de l’IA : celle où les modèles ne se contentent plus de générer des contenus, mais sont capables d’évaluer, comprendre, raisonner et interagir de manière contextualisée. Ses missions se répartissent autour de trois axes : développer les technologies de rupture en IA générative, placer la santé et la biodiversité au cœur d’un futur désirable, et renforcer la résilience sociale grâce à l’IA en soutenant notamment les arts, les humanités numériques et la gouvernance. PostGenAI@Paris se positionne aujourd’hui en véritable hub international de l’IA post-générative.


Quels sont selon vous les projets notables du SCAI qui ont vu le jour en 2025 ?


Xavier Fresquet
L’année écoulée marque une étape importante avec la montée en puissance du cluster PostGenAI@Paris. Parmi les projets majeurs, on peut citer l’obtention du programme européen MSCA COFUND « SOUND.AI » dédié à 30 doctorant·e·s, les développements pédagogiques du projet AISorb – issu de l’appel à manifestation d’intérêt « Compétences et métiers d’avenir » (CMA) – qui étendent l’enseignement de l’IA aux niveaux licence et master, et la contribution du Campus des métiers et qualifications d’excellence en IA visant à diffuser l’enseignement dans les lycées franciliens.


Enfin, l’année a également été marquée par le lancement de nouvelles initiatives créatives et transdisciplinaires, dont G.R.@.B.U.G.E, le « Groupe de recherche sonore et autres bidouilles utopiques, géniales et éphémères », imaginé par Nicolas Obin et soutenu par Sorbonne Université, l’Ircam, le SCAI et le Collegium Musicæ. Cette initiative low-tech, joyeuse et ouvertement expérimentale explore la fabrication sonore, le bricolage musical, les dispositifs atypiques – jusqu’aux interactions sonores avec des champignons – et témoigne de la vitalité de la collaboration entre art, technologie et recherche au sein du SCAI.

Nathalie Drach-Temam, présidente de Sorbonne Université lors de l'inauguration du cluster PostGenAI@Paris, avril 2025Nathalie Drach-Temam, présidente de Sorbonne Université lors de l'inauguration du cluster PostGenAI@Paris, avril 2025

L’Ircam collabore avec le SCAI depuis 2020… Comment voyez-vous l’intégration de ses champs disciplinaires au programme du SCAI ?


Xavier Fresquet
La collaboration avec l’Ircam est un pilier essentiel du développement de l’IA pour le son, la musique et la création. Elle contribue à ouvrir l’IA à des domaines où les exigences perceptives, esthétiques et techniques sont particulièrement fortes. Plusieurs PACs structurent cette intégration : AI-MADE, qui vise à développer des modèles génératifs innovants pour la génération de contenu audio professionnel, et TWINNING, qui adresse la question générale du véhicule autonome. Les travaux menés sur la perception et la cognition sonores et les modules de formation en Creative AI dédiés aux artistes et aux étudiant·e·s complètent cette collaboration. L’Ircam joue par ailleurs un rôle moteur dans le PAC consacré aux humanités numériques, et dans les réflexions sur la place de l’IA dans les pratiques culturelles contemporaines.


L’IA prend une place de plus en plus considérable dans les industries culturelles et créatives : quels sont les défis à relever pour les acteurs impliqués dans le SCAI ? Et vous, quel regard portez-vous sur ce développement ?


Xavier Fresquet
L’essor de l’IA générative dans les industries culturelles ouvre des possibilités immenses, mais appelle aussi à une vigilance accrue. Les défis concernent d’abord l’éthique et la gouvernance : distinction entre réel et virtuel, protection des données, prévention de la désinformation, respect des droits d’auteur. Ils concernent également la dimension technique, avec la nécessité de développer des modèles capables de produire des contenus fiables, traçables et non préjudiciables. Enfin, les défis sont artistiques : il s’agit d’accompagner les créateurs et créatrices, d’inventer de nouveaux outils et de veiller à ce que l’IA reste un vecteur d’expérimentation, de liberté et non de standardisation. Mon regard personnel est optimiste mais exigeant : l’IA peut amplifier l’intelligence humaine et la créativité, à condition d’être pensée dans un cadre éthique robuste et dans un dialogue constant avec les artistes, les chercheurs et chercheuses et tous les citoyens et citoyennes.

Campus Pierre et Marie Curie - Photo Pierre KitmacherCampus Pierre et Marie Curie - Photo Pierre Kitmacher © Sorbonne Université

Quels sont les grands projets du SCAI pour faire face à ces évolutions rapides qui transforment nos sociétés ?


Xavier Fresquet
Les priorités pour 2026–2030 sont multiples. Elles incluent le développement d’un Bureau de formation continue – proposant des certificats et des formations professionnelles autour de l’éthique de l’IA, de ses applications en santé ou encore de l’IA pour le climat –, et le renouvellement scientifique des PACs pour intégrer de nouveaux domaines émergents.


Un axe majeur concernera le développement du grand domaine IA & Mathématiques, qui est fondamental pour la compréhension théorique des modèles génératifs et des systèmes de raisonnement. Cela aura aussi des répercussions dans la création musicale, l’analyse du son et la modélisation acoustique, en renforçant les liens entre les mathématiques, l’Ircam, le Collegium Musicæ et les projets expérimentaux comme G.R.@.B.U.G.E.


Enfin, l’ouverture de la Cité de l’Innovation à Sorbonne Université et l’organisation de grandes rencontres scientifiques internationales contribueront à faire de Paris un pôle mondial en IA post-générative, capable d’accompagner les évolutions technologiques tout en plaçant l’humain au centre.

1000m2
un espace dédié
9
programmes de Master dédiés à l'IA
+100
scientifiques spécialisé·e·s dans le domaine de l'IA
+20
partenariats industriels
+150
doctorant·e·s et post-doctorant·e·s
+300
étudiant·e·s formé·e·s chaque année
2
lieux dédiés : Paris et Abu Dhabi
+100M
apportés en soutien aux projets nationaux, européens et régionaux

Programme d'accélération collaboratif auxquels l'Ircam participe

PostGenAI@Paris

Projet ayant pour ambition de renforcer la stratégie française en intelligence artificielle en créant un pôle d’excellence international spécialisé dans l’IA post-générative

Dates : janvier 2025 à décembre 2029