L'édito

« Au milieu du chemin de notre vie, je me retrouvai par une forêt obscure, car la voie droite était perdue. » La scène inaugurale de La Divine Comédie de Dante se joue au présent à l’Ircam dont la nouvelle saison donne libre cours à l’ambivalence des formes. Au milieu de notre monde – culturel, scientifique, numérique –, la musique se retrouve dans une forêt de disciplines, de pratiques et de technologies contractées, car la voie droite est perdue.

S’ouvrant au Théâtre de Gennevilliers, tournée pour une bonne part vers le spectacle vivant, notre saison soutient une jeune génération de compositeurs qui manipulent les codes du numérique et le code lui-même, la lumière et le geste, à l’instar d’Alexander Schubert ou de Daniele Ghisi. Quelles bifurcations communes à la musique, au théâtre et aux arts du numérique ? Cette question est relancée par L’Encyclopédie de la parole de Joris Lacoste et Emmanuelle Lafon, par l’opéra de Philippe Manoury sur un texte d’Elfriede Jelinek ou le conte imaginé par Violeta Cruz et Jos Houben… Que l’opéra puisse échapper à la voie rectiligne, ce serait là un motif de réjouissance et d’étonnement. Quelles mutations communes à toute la création d’aujourd’hui ? Cette question rythme les multiples rendez-vous de l’Ircam hors les murs, de New York à Paris, de Donaueschingen à Marseille, de Lille à Strasbourg.

La voie de la recherche musicale et scientifique est tout aussi multiple et oblique. Le nouveau cycle « Studio 5, en direct » éclaire au long de l’année ce qui se fabrique dans l’instant au sein de l’atelier-laboratoire Ircam : émergence et méandres de l’invention sensible que la novlangue de l’innovation ne vient pas épuiser.
La voie droite est perdue mais la liberté, gagnée : celle d’avancer sans modèle unique.

Frank Madlener, directeur de l'Ircam