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L'Ircam ouvre sa nouvelle saison à Lucerne et au Brésil avant de sillonner l'Europe et l'Asie pour quelques grands rendez-vous de la création à Donaueschigen, Strasbourg et Lyon, à Tallin et Varsovie, Madrid et Barcelone, Amsterdam et Utrecht, Bruxelles, Metz et Séoul. Consubstantiel à ses activités de recherche, le rayonnement international de l'Ircam concerne aujourd'hui les créations les plus récentes, en particulier celles qui furent initiées lors des festivals Agora. Portées sur l'orbite d'une tournée internationale, elles constituent peu à peu un répertoire destiné à s'échapper de la maison d'origine. La technologie dont on a pu critiquer la complexité, la lourdeur d'usage et l'instabilité, se dote aujourd'hui de nouveaux attributs : la mobilité, l'invisibilité et la transmissibilité.
Cette saison en terre prospective cultive les extrêmes et les esthétiques inconciliables. L'écriture absolue (Répons de Boulez) et l'aléa (rencontre et créations « Après John Cage »), le contrôle en temps réel (quatuor de Philippe Manoury) et l'improvisation ; la dépense pure d'énergie (Raphaël Cendo) et l'économie de moyens (Marco Stroppa, Philippe Leroux), les jalons essentiels de l'électronique (l'œuvre de Tristan Murail) et le surgissement de la jeune création (Cursus 2 et Tremplin). À cette multiplicité de la création musicale, l'Ircam offre des perspectives très élargies, à l'instar de ce que réalisa le dernier festival Agora où se rencontraient scientifiques et artistes de plusieurs disciplines.
Quels effets générationnels aimantent et mobilisent la création ? L'articulation entre l'Ircam et le Centre Pompidou peut offrir une prise unique sur cette question traversant des mondes disjoints et contemporains. Ce que la culture s'ingénie à parcourir infatigablement et à célébrer comme autant de « paradis perdus » - telle conjonction fascinante de l'histoire, le Bauhaus, la Vienne d'avant 1914, Black Mountain College... - s'écrit aujourd'hui sous une tout autre forme, encore implicite, dans l'attente d'une lecture originale. Il appartient à la singularité d'un institut de recherche, tout à la fois école de transmission et compagnie de production, de transformer l'effervescence intellectuelle et sensible en fabrique du contemporain. C'est imaginer simultanément « le lieu et la formule ».
Frank Madlener
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