
Martin Matalon : La rosa profunda
Un parcours musical sur des textes de Jorge Luis Borges
Écrites d'après des textes de Borges, les seize pièces qui composent La rosa profunda établissent parfois des correspondances subjectives entre texte et musique. Ainsi, une trompette aux réminiscences martiales est-elle employée dans Épées. Si les bois, comme timbre et surtout comme matière, sont associés à Lectures et à l'idée d'artisanat que peut évoquer un livre, la fragilité et l'espace de Miroirs sont redevables au scintillement des percussions métalliques. Elles peuvent traduire une atmosphère, comme Buenos Aires ou Tangos. Enfin, il leur arrive de se faire le double formel du poème, le mimant littéralement tandis qu'il se déroule (Babel, Cosmogonies), ou sa métaphore : comme la balle de Mémoire et ses avatars incarnent l'idée de meurtre, une note et un rythme uniques subissent sans fin un cycle de métempsychoses sonores.
La flûte de Atlas biographique, Borges lui-même, se mêle à un kaléidoscope de couleurs, le Monde, pour créer une seule substance musicale. Une possible biographie estompe les différences entre les Borges intime et officiel, attribuant à l'un le son naturel de contrebasses acoustiques à l'écriture paradoxalement redondante, à l'autre l'artifice d'une basse de synthèse d'une ligne pourtant plus essentielle. Lieux imaginaires exploite l'idée de construction rationnelle privée de début, de centre et de fin, chacune des parties composant la pièce étant fixée dans une forme, un rythme, un timbre ou une tessiture.
Cette composition reflète la mise en espace de l'exposition Borges : une architecture faite d'éléments possédant leur individualité propre, et dont le rapport des uns aux autres est aléatoire. (Pascal Ianco)
Année d'édition : 1992


























