Colloque Médium et (re)production technique
Autour de la sociologie weberienne de la musique
Ces rencontres, réunissant une quinzaine de chercheurs venant de disciplines différentes (sociologie, anthropologie, histoire, musicologie, etc.), visent à évaluer la force opératoire des concepts de la sociologie de la musique de Max Weber sur la diversité contemporaine des mondes musicaux et des problématiques musicologiques : comment rendre compte aujourd'hui d'articulations telles que celle pointée par Weber entre médium et (re)production technique ?
On commence à redécouvrir, grâce à une édition critique, d’excellents commentaires et traductions [*], la sociologie de la musique de Max Weber qui n’avait pratiquement pas suscité de réactions jusqu’à aujourd’hui.
Seul pan écrit de sa sociologie de la culture, cette étude parue de manière posthume en 1921 pratique la comparaison culturelle à grande échelle. Au plan méthodologique, le sociologue allemand procède par réduction drastique de l’objet empiriquement descriptible au "moyen technique" mis en oeuvre par une culture donnée pour réaliser ses valeurs artistiques. Seule l’analyse du "médium technique" (échelles musicales, instrumentation, procédés de transmission) serait ainsi contrôlable dans la mesure où elle reste hétérogène aux valorisations esthétiques proprement dites. En même temps, Weber souligne que la reproduction technique, phonographique du son, constitue la condition de possibilité d’une telle analyse empirique du médium musical, le point de départ de toute anthropologie comparée de la musique. En tant que jeu d’interaction complexe entre la théorie musicale d’une culture, sa lutherie – garante de l’échelle sonore –, ses systèmes d’inscription ou de diffusion spécifiques, l’idée de médium technique recoupe de manière étonnante les préoccupations heuristiques beaucoup plus récentes de la réflexion esthétique et musicale, qu’elle soit d’origine historique ou anthropologique.
Le but de la tenue de cet atelier à l’Ircam, est de rassembler une quinzaine de chercheurs venant de disciplines différentes (ethnomusicologie, anthropologie, sociologie, histoire, philosophie, esthétique, etc.) pour évaluer la force opératoire des concepts de la Musiksoziologie sur la diversité contemporaine des mondes musicaux et des problématiques musicologiques, pour rendre compte aujourd'hui d'articulations telles que celle pointée par Weber entre médium et (re)production technique. Parallèlement, la mise en perspective de son texte gagnerait à une confrontation avec de nouveaux matériaux musicaux dont et la connaissance et les formes – des musiques anciennes aux plus contemporaines – ont considérablement évolué depuis l’époque de sa rédaction.
Partant de cette double fonction du "médium", à la fois objet et condition d’analyse, il s’agirait d’interroger le rôle constitutif joué par les techniques de reproduction dans les différents types de cultures musicales, qu’elles soient orales, gestuelles, écrites ou enregistrées. Une telle tentative d’étude croisée des techniques de médiation permettrait de mieux cerner en quoi la reproductibilité technique a à la fois rendu possible une connaissance de l’ensemble des musiques et été l’un des grands facteurs dynamiques de l’évolution musicale du XXe siècle (musique concrète, synthèse du son, électrification du concert, diffusion différée, mondialisation des musiques, etc.).
Colloque coordonné par Philippe Despoix (université de Montréal) et Nicolas Donin (Ircam).
Organisé par le Centre canadien d'études allemandes et européennes (université de Montréal), l'Ircam et le Centre interdisciplinaire d'études et de recherches sur l'Allemagne. Avec le soutien du Centre de recherches interdisciplinaires sur l'Allemagne, (EHESS/CNRS), Paris.
Avec la participation de Simha Arom (CNRS), James Boon (Princeton), Christoph Braun (Leipzig), Marie-Noël Colette (EPHE), Philippe Despoix (CCEAE), Nicolas Donin (Ircam), Hugues Dufourt (CNRS), Antoine Hennion (CSI-Mines), Isabelle Kalinowski (ENS Paris), Denis Laborde (LAIOS-CNRS), Sophie Maisonneuve (LAHIC-CNRS), Emmanuel Pedler (EHESS), François Ribac (Metz/Stirling), Bernard Stiegler (Ircam), Leopoldo Waizbort (Saõ Paolo), Michael Werner (EHESS, CIERA).
[*] Cf. M. Weber, Zur Musiksoziologie. Nachlass 1921, hrsg. Ch. Braun u. L. Fischer, in: Gesamtausgabe Bd. 14, Mohr, 2004; Sociologie de la musique, trad. fr. J. Molino et E. Pedler, Métailié, 1998 ; Ch. Braun, Max Webers "Musiksoziologie", Laaber-Verlag, 1992.




- Première journée | vendredi 24 juin 2005
- Deuxième journée | samedi 25 juin 2005
- Troisième journée | dimanche 26 juin 2005
- Entrée libre dans la limite des places disponibles
























